Publié le 2 Mars 2026

 

Les Maîtres de Forges prenaient en fermage les forges dont les Barons étaient propriétaires et s’engageaient à les faire fonctionner, à  les entretenir et à produire suffisamment de fer pour  les rentabiliser ;  le matériel leur appartenait  et une partie de la production restait leur propriété, pour exemple à Rainville un quarantième de la fonte restait au maître de forge. 

Les salaires des ouvriers n’étaient pas très élevés mais, dès le début du 18° siècle, certains habitaient sur place ; ils avaient ainsi accès à un potager et à un verger. C’est au début  du 18° Siècle  que l’on fit construire des bâtiments à Rainville pour y loger les ouvriers travaillant au Fourneau   Le maître partageait volontiers une partie du poisson pêché dans le bief.

 Cette corporation de ferrons se tenait à l’écart des autres corporations voisines et la solidarité de la profession,  déjà au XVI° siècle,  était de rigueur.

 Un ouvrier cherchant du travail s’arrêtait volontiers  à la forge ou au fourneau pour rencontrer le Maître de Forge et demander de l’embauche, après un moment de discussion,  si le Maître le jugeait utile,  il invitait ce dernier  à faire ses preuves sur  un ouvrage ; si l’essai était concluant et s’il y avait besogne à la Forge,  il le gardait.

Toutefois, s’il n’y avait pas d’embauche, l’ouvrier pouvait alors rester pour se reposer et se restaurer à la table du Maître. Il bénéficiait du gîte et du couvert et, lors de son départ, le Maître remettait à l’homme quelque argent pour qu’il puisse continuer son voyage jusqu'à la Forge prochaine.

Les bons usages et coutumes étaient de mise.  La veille du  1er Janvier, les Forgerons allaient souhaiter la nouvelle année au Maître de forges, accompagnés de leurs enfants mâles ; il était bien recommandé par le Maître de ne pas oublier ces derniers, forgerons en herbe, car il importait, dès leur plus jeune âge,  de leur  inculquer le goût et les traditions du métier.

Avant d’entrer dans le logis du Maître, les forgerons, au XVIII° siècle, chantaient  les deux couplets suivants :

Bonsoir Maître de forge,

Le bonjour vous est donné,

Que le bon Dieu vous conserve vos Forges

Aussi vos fourneaux, vous nous donnerez

De vos veilles ferrailles un cent de Fer

Pour commencer l’année

Si la Gouvernante est belle

Faites nous en un présent

Quelle soit pucelle ou non pucelle

Nous en aurons le Cœur content

Nous lui apprendrons, nous ne tarderons guère,

Le jeu d’aimer en faisant bonne chère.

 

Puis les forgerons entraient chez le Maître qui les retenait à souper.

 La grande fête des Forges  se situait  à la Saint Eloi d’été qui tombait après la Saint Jean  (fin Juin),  cette date correspondait à l’arrêt des moulins ; en effet, l’étiage faisant,  il n’y avait plus assez d’eau dans la rivière pour faire tourner les Roues et les forges s’arrêtaient. 

Les ouvriers allaient se louer dans les fermes des environs pour les travaux des champs, les charbonniers en profitaient pour refaire les stocks de charbon de bois et les mineurs les stocks de minerai,  (à la reprise du fourneau à Rainville,  en Octobre, il y avait six mois de provisions).

Il est de fait que  la Fête de la St Eloi était la Grande fête des forges. La veille,  les apprentis et  servantes nettoyaient la place de fond en comble.                   Dès le lendemain, tous et toutes lavés et apprêtés,  partaient en procession de chaque moulin pour se retrouver sur la place de Longny ; là, les attendait le porteur du Bâton de St Eloi,  sur le parvis de l’église, tenant, dans l’autre main, une torche ; ils y entendaient messe et s’en retournaient au moulin et à la forge pour ‘donner à boire aux roues des moulins’, un gâteau, offert  par les ouvriers,  était ‘frappé par le marteau’, comme souvent dans notre région s’en suivait un grand festin. 

Le repas terminé, il était d’usage que le porteur du bâton de Saint Eloi remette la statue du Saint à son nouveau détenteur ; ce  nouveau « locataire » monnayait ce bâton, c’était le mieux disant qui remettait au curé la somme convenue, gardant ainsi pour une année  ce symbole qui devrait lui apporter chance et notoriété.  Les participants suivaient alors ce dernier, en procession  jusqu’à sa demeure où il se devait d’offrir ‘un coup de cidre’. Déjà à cette époque « l’on marquait le passage ».

La vie de nos ancêtres était difficile, parfois pénible, mais chacun se respectait et, si les ouvriers se voulaient volontiers  familiers  avec le Maître de forges,  ils lui étaient tout dévoués et toujours omniprésents pour la forge.

Tout le monde mettait  «  la main à la pâte » hommes, femmes, enfants. Nous  verrons plus bas  quelques chiffres représentant les salaires, ceux-ci  évoluant selon les âges et les époques, mais, en tout état de chose, les journaliers étaient payés chaque soir et,  à peine touchée la soulte (un sous), descendaient à Longny  pour  y boire,  ce qui fit le bonheur et la richesse des tavernes de notre village.

Les enfants commençaient très tôt à travailler à la forge mais l’apprentissage  n’était pas payé ; quelque fois même les parents monnayaient auprès du Maître de forges l’embauche de leurs gamins.

SUITE :N'hésitez pas à suivre cette belle histoire en cliquant sur le 2  qui vous portera sur le 2 ° partie ...

le bâton de St Eloi

le bâton de St Eloi

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Publié le 2 Mars 2026

Les Maîtres de Forges,

Les Maîtres de forges s’interpellaient entre eux par le nom de « Cousin du Foisil », (Le Foisil est le Fraisil, le Poussier du charbon)

Nombreux ont été les Maîtres de Forge à Longny  mais il n’est pas rare de constater qu’ils ne restaient, parfois,  en place qu’une ou deux années.

 Les deux Honorables Maîtres que nous avons retenus  de la liste en notre possession et pour lesquels nombres importants de documents sont restés en archives sont les « deux NICOLAS ».

Le premier, Nicolas LANGLOIS dont une pièce du 14 Septembre 1635 paraît être une transaction intervenue au cours d’un procès survenu à la suite de troubles subis par le maître de forges dans la jouissance des bois de la Baronnie de Longny.

On  trouve le nom de « l’Honorable homme Nicolas LANGLOIS » Maître des grosses forges de Longny et du Fourneau de Rainville, selon le bail à lui fait par Marc Monhay, bailli du Baron Claude Charlot, conseiller du Roi.

Nicolas LANGLOIS  eu quelques difficultés avec la Baronnie de Longny mais il fut l’un des derniers Maîtres de Forges qui ait œuvré au développement de  son industrie avant la fermeture de celle-ci par la Baronne Barbe de Servien.

 Il y eu bien d’autres maîtres de forges après lui mais il apparaît, dans les restes d’archives, que Nicolas LANGLOIS  ait montré une grande pugnacité dans la gestion de ses affaires.

Le deuxième Nicolas est Nicolas Le REDDE  dont nous parlerons, quelques lignes après, dans ce texte.

Quand Dame  Barbe de Servien,  veuve de Pierre de Gruel, dame de la Frette, devint Baronne de Longny en 1667,  elle refusa de continuer à la demoiselle DUMANS (veuve de Jean Baptiste de Lion Sieur de la Réalle fermier des Forges et Fourneau de la Baronnie de Longny)  le bail des forges, fourneau et exploitation des bois de Longny, consenti par Anne Aymeret veuve de Claude CHARLOT. Elle  décida la  transformation de  la Forge de Beaumont en moulin à Papier ;  son idée était de faire cesser la concurrence avec la forge de la Frette dont elle était propriétaire (cet acte signifie , s’ il le fallait, qu’il s’agit bien de Baronnies Industrielles).

Un long procès, intenté par la demoiselle Dumans à la Baronne de Longny pour non exécution du bail,  se conclut par une transaction devant la cour des Aides à Paris le  6 Mai 1668  et Dame Barbe de Servien consentit l’acquisition, moyennant la somme de  1.000 livres  du petit bief de Beaumont acquis récemment des Sieurs de la Hellière et de la petite Noë  (acte du 20 Juillet 1650).

Les Maîtres de Forge

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Publié le 2 Mars 2026

LA FABRICATION  DU FER CESSA PENDANT PLUS DE QUARANTE ANNEES  A LONGNY. (1667 à 1708)

Ce fut une grande misère qui s’abattit sur notre village car c’était  environ 300 personnes qui travaillaient pour la Forge ,( tireurs de mines , charbonniers , rouliers , forgerons , affineurs ,marteleurs  etc ..) 

Les familles furent cruellement touchées par cette cessation d’activité.

C’est en 1705 (le 26 Mars 1705) qu’a la demande d’Antoine de Crozat procureur du Duc de Vendôme,  que la forge,  devenue inactive,  sera reconstruite.  Nicolas Le REDDE  noble marchand demeurant à Nonancourt  afferma en bloc  les domaines de Longny, Argentant, Exme et Trun pour un loyer global de 20.600 livres . Sur  cette somme, la terre de Longny,  à elle seule,  représentait 12.600 livres ; à une transaction du 4 Avril suivant s’ajoute un document sur lequel est précisé que le Sieur Nicolas Le REDDE  « pour employer le produit  de ses coupes de bois de la Baronnie »  qui s’étendaient annuellement sur cent arpents s’engage à faire construire, sur ses deniers, une grosse forge complète comprenant deux affineries, fourneau, fenderie ; etc.  en lieu et place du moulin à papier de Beaumont qu’il ferait réédifier ailleurs.

Nature du bail :

Il devra laisser ladite forge en bon état, bien tournante, vivante, et faisant le fer dont sera dressé le procès-verbal, à l’exception des soufflets, enclumes et marteaux, pinces et autres ustensiles que le sieur Le REDDE pourra emporter suivant l’usage. Pour la jouissance des Mines, castines en bois de la Baronnie le sieur Le REDDE s’oblige à payer un supplément de loyer de 3600 livres,

 Par contre,  le bail de 9 ans ne débutera, lui,  qu’en 1708,  et ce quand les forges seront reconstruites.  Il sera renouvelé pour 9 ans de 1717 à 1726, même si, pendant ce laps de temps,  la terre de Longny venait  à changer de propriétaires ;  en outre,  le maître de forges aura le droit de faire pâturer ses chevaux dans tous les bois du domaine,  sauf sur  les ventes de moins de 2 ans et les droits domaniaux sur la fonte et sur le fer seront à la charge du bailleur.

Ce bail fut repris par Emmanuel Desprez  sieur de Brétigny, caution de Nicolas le REDDE à la mort de celui-ci, cette même famille resta à la tête des forges pendant plus de quarante années.

Emmanuel DESPREZ ne trouva point à son goût le logis du Maître de forges, abandonné depuis trop longtemps,   et souhaita faire construire, pour se loger,  un plus grand et beau bâtiment ce qu’il fît à Beaumont ; cette belle et noble demeure que l’on connaît encore de nos jours et que les Longnyciens ont baptisée le château de la Forge.

En attendant que le bâtiment fût terminé,  le Baron laissa jouissance d’une partie de son château afin que le Maître de forge y habitât.

Les difficultés et différends ne manquaient pas et nous ne citerons, pour mémoire,  que trois des principaux procès (qui font le bonheur des historiens car il reste un fond d’archives).

Un premier procès eu lieu,  à la demande de Pierre Gagnat,  qui reprochait à son Maître de Forges  d’épuiser ses bois par des coupes trop fréquentes (ce procès vint devant la table de Marbre le 18 juin 1721).

Le deuxième intervint  parce que  le Seigneur de Longny voulait interdire aux attelages d’emprunter le chemin qui menait de Rainville  à Beaumont en passant par la Barre car les charrois, transportant de lourdes gueuses de Fonte,  détérioraient tous les chemins qu’ils empruntaient.

Et, en dernier lieu, un procès en 1721 par lequel le Baron de Longny demandait, d’une part, la démolition du Bocambre du moulin de Rainville qui souillait l’eau de la Rivière et faisait mourir ses poissons dans son étang du château, ainsi que la destruction des maisons  au lieu dit « LES LOGES »édifiées par les « tireurs de fer » dans les bois de la Baronnie.

Il voulait aussi  que  le sieur DESPREZ remette en état le moulin à tan, transformé en fenderie,  et qu’il reconstruise, à ses frais, la métairie de la Thibaudière  autrefois située près de la forge.

Querelles surprenantes lorsque l’on sait que le principal bénéficiaire des Forges était le Baron mais peut être aussi jalousie de savoir que le Maître de forges avait de « main de maître » rentabilisé l’usine à son maximum  pour cette époque).

C’est en 1730,  comme nous l’avons vu précédemment, que le Baron Pierre Gagnat achetât le moulin à tan qui deviendrait « la fenderie ».

Avec ces quelques lignes nous voulions vous  démontrer que la Forge à Longny était  une industrie importante et la position de Maître de forges  conséquente.  Certes,  les premiers Maîtres  de forges ou les premiers « Férons » n’ont pas eu partie facile et se retrouvaient bien  souvent  devant des  réalités de gestion qui ne simplifiaient pas leur tâche. Avec les « deux Nicolas »,   nous mettons le doigt sur ces difficultés. Elles ont été le quotidien de chacun de nos véritables « Patrons des usines à ‘faire Fer’  de Longny ».

LA FABRICATION  DU FER CESSA PENDANT PLUS DE QUARANTE ANNEES  A LONGNY. (1667 à 1708)

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Publié le 2 Mars 2026

La Révolution.

A Longny la révolution  a été,  comme dans tous les villages de France,  une période de Joie et de terreur mélangées mais nous ne trouvons pas trace d’actes barbares  occasionnés par les longnyciens eux-mêmes. Il y eut, sans nul doute,  des règlements de compte mais nous notons que le plus gros du vandalisme occasionné sur les édifices publics ont été organisés et actés par un certain surnommé LACROIX (de son vrai nom Gasteclou)  partisans de la « Montagne » (Robespierre) ,révolutionnaire de Mortagne,  qui, personnellement,  a détruit les statues et la « Piéta »de la chapelle ND de Pitié ainsi que  celles de l’église  St .Martin. Ce  sont les braves femmes de longny qui ont caché, au risque de leur vie,  les débris de ces statues aujourd’hui remises en place.

Les Forges ont,  encore une fois,  été sollicitées par cette République qui, en guerre contre l’Europe entière, se devait d’armer ses soldats. Celles-ci étaient ardemment convoitées  par les Chouans qui sont arrivés jusqu'à Mortagne et  Bellême en 1800.

 Encore une fois, Longny était une place stratégique .En 1794 la Forge de Longny avait fourni à « l’agence des armes portatives » 50 ‘milliers’ de fer, elle est encore à cette époque en réquisition par marché pour la fourniture de 150 ‘milliers ‘ dont 100 ‘milliers’ en fer fondu ».

Le prix du Fer augmentait en même temps que la main d’œuvre,  les ouvriers qui avaient fait la Révolution ne voulaient surtout plus travailler dans les mêmes conditions que sous l’ancien régime ;  les guerres de la République absorbaient les hommes valides dont les bras manquaient aux Forges ou dans les bois pour la matière première.

Le prix du fer en 1789, le quintal métrique ou des 10 Kg de première qualité fabriqué à Longny était de  50 Francs.

Nous avons de la situation des Forges de Longny une idée exacte car un rapport très précis sur l’évolution de nos forges  a été dressé entre 1789 et 1811.

Toujours selon les notes que nous avons retrouvées en 1789,  284 ouvriers travaillaient pour la forge  de Longny, 2500 Quintaux de minerai étaient tirés des forêts de Moulicent,  9000 cordes de bois servaient de combustible ;  la production était de 12000.Q. de Fonte en gueuses, 3100 de fer en barre, 3800 de fer de fonderie,  600 Q. d’autre espèce. Nous retrouverons également le salaire moyen des ouvriers dans l’Orne en 1789  qui était de 0,90 F à 1,10 F par Jour.

                        L’inventaire des Lieux  Forges de Longny en 1789

Haut fourneau de Rainville :

Un haut Fourneau au charbon de bois avec soufflerie,

lavoir et bocard ( ou bocambre)

Deux Roues hydrauliques.

Forge de Beaumont

Deux feux d’affinerie au charbon de bois

Un feu de chaufferie à houille

Un gros marteau, un marteau, appareil de soufflerie, d’étirage et de compression

(Il faut savoir que pour fabriquer l’arbre  du marteau il fallut un chêne de 3 pieds de diamètre et environ 6 mètres de longueur ;  cet arbre était recouvert de cercles ou de frettes de fer que l’on enfonçait avec un bélier et quand il cassait il fallait retirer ceux qui le précédaient et recommencer ce que l’on avait eu grand peine à faire.)

La fenderie Un feu à réchauffer au charbon de bois, une machine à fendre et deux roues hydrauliques.

La Poêlerie, Un feu d’affinerie au charbon de bois (renardière)

Une soufflerie,  un marteau, une roue hydraulique.

Le  prix moyen du Minerai était de 0,55 F à 0,70F le Quintal, le charbon de bois coûtait 6,50 à 7,50 F la Corde. Les révolutionnaires ayant fait un inventaire complet de l’industrie française,  nous retrouvons, avec plaisir, énormément d’informations  sur cette époque.

De tradition orale,  il nous est transmis, par des anciens de Longny,  que le Chêne qui est au fond du verger de Rainville  aurait été planté à la Révolution par les ouvriers de la Forge  et, en effet,  si nous tenons compte de  sa circonférence, il s’avère qu’il n’y a qu’un différentiel de  50 cms avec le chêne de Marie Antoinette qui était au château de Versailles, ce que nous tiendrons pour vérité.

En 1794 le Citoyen GONTAUT est propriétaire des forges et le Citoyen DURIER en a le fermage ; deux affineries et une chaufferie forment le corps de forge.  Il est coulé, au fourneau de Rainville, qui est en feu dix mois de l’année un million de gueuses qui produisent une fabrication de 7 à 800 ‘milles’ de fer dont moitié est fendu ou simplement aplati à la fenderie .

Monsieur Guy Richard fait remarquer dans son ouvrage « les forges Normandes en 1794 » que le fer de Longny est plus doux et plus ductile que tous ceux qui se fabriquent dans le département de l’Orne.

Cependant  déjà, à cette époque,  les prix de revient augmentaient et la fonte de Rainville et le Fer de Beaumont n’étaient plus concurrentiels car les Forges de Longny continuaient à chauffer leurs fours au charbon de bois alors que,  dans l’Est de la France ou dans les Forges de Normandie,  une mutation s’était déjà opérée et la chauffe se faisait  au  charbon de Terre ; ce ne sera qu’en 1845 que  Mr Leroux mentionnera  le fonctionnement du Fourneau de Rainville à l’aide d’une machine à vapeur.

En 1771,  les usines de Longny  écoulaient leurs produits dans notre région , les tréfileries , les cloutiers et les Maréchaux  étant leurs principaux acquéreurs ;  elles  produisaient  pour les usines de l’Aigle , Verneuil , Chartres ; Orléans et Paris,  toujours dans les notes de Mr Leroux, on peut lire que,  vers le milieu du XIX° siècle, les débouchés de ces usines étaient uniquement les départements de l’Orne, de l’Eure et Loir et de la Sarthe.

La forge", Louis Le Nain, vers 1640-1642. Musée du Louvre. (35366251024).jpg

La forge", Louis Le Nain, vers 1640-1642. Musée du Louvre. (35366251024).jpg

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Publié le 2 Mars 2026

La fin d’une époque

Si les arches du Pont des Arts à Paris ont été fondues à Autheuil près de      Tourouvre,  les Piliers et la structure de la Halle au Vin de Bercy à Paris ont   été fondus à Rainville.

Les différents Maîtres de Forge qui se succédèrent  tentèrent les uns après les autres de moderniser la Forge  mais l’éloignement des routes principales et le prix du charbon  découragèrent les plus vifs défenseurs de notre industrie Locale.

Nous terminerons cet essai par une note amusante que nous conte l’abbé Godet dans ses souvenirs de Jeunesse. En 1870,  écrit ‘ il  la Fonderie de Rainville fut chargée de faire deux canons pour la garde Nationale de Longny ; malheureusement, celle-ci ignorait la technique de cette fabrication ; lorsque ces canons furent mis à l’essai,  il se trouva qu’ils volèrent en éclats sans, heureusement,  provoquer d’accidents de personnes car les artilleurs novices avaient eu la prudence de s’abriter assez loin derrière les « sornes » et ne mirent le feu aux pièces que par un long cordeau. La garde nationale fit faire de nouveaux canons par la fonderie de Feings, ceux-ci résistèrent et sont encore visibles, de nos jours,  accotés au Monument aux morts de 1870, dans notre cimetière communal.

 L’abbé Godet termine par cet article : c’est la fonderie de Rainville , je crois, qui a fondu les quatre statues de la tour Byzantine de l’église de Malétable.

                                                                       *

C’est au cours du mois de Mai 1870 que cessa de fonctionner la Forge de Beaumont ;  l’arbre de la roue du marteau s’étant rompue, par  le milieu, il fallut la réparer  mais elle se  brisa de nouveau. Dès lors, elle fut laissée en l’état,  ce qui provoqua la fin de la dite  forge car  une  nouvelle intervention se fut avérée  trop onéreuse ; cependant cette disparition augura également la fin des autres usines de Longny, sauf celle du haut  fourneau qui, lui, continua à fonctionner encore quelques temps.

L’on peut attribuer  à cet accident la fermeture de la Forge. Il s’agit bien, en premier lieu, du traité de commerce  (signé en 1860) entre  l’Angleterre et  notre pays ainsi que  du libre échange qui s’en suivit qui mis hors marché nos petites usines.  Les industriels Français  avaient vivement protesté contre cet accord en demandant un délai qui leur aurait permis de moderniser leurs usines mais c’était déjà un peu tard.

LONGNY  se trouvait également  devant d’autres difficultés car les voies de communication étaient inexistantes ; le coût du transport permettant l’acheminement du Coke (charbon) grevait nos industries, nous empêchant d’être concurrentiel face au Fer Anglais ; ce dernier, de bonne qualité et traité au charbon arrivait à plus bas prix sur le marché français, seules les usines françaises munies de matériel moderne ont réussi à se dresser contre le marché britannique.

Nos petites usines, souvent disséminées dans le Perche,  l’esprit peu inventif des Barons fossiers et de leurs Maîtres de Forges  ne permirent pas de sortir du marasme ; en avaient-ils envie ? En effet, ces deniers se contentaient de récolter les produits financiers de leur industrie sans jamais penser à se moderniser ; Nicolas  LE REDDE pourtant, à son époque, a tenté d’évoluer, de mettre en place de nouvelles façons de produire le fer, sûrement trop tard et  Le manque  « d’exportation » de nos matières sur les régions françaises a  pesé lourd dans la balance.

C’est donc en 1870 que la Forge de Longny  qui fonctionnait depuis la nuit des temps fermât  ses portes  pour la seconde  fois, mais cette fois-ci pour ne jamais rouvrir. Le fourneau de Rainville, lui, sera productif  jusqu’en 1872.

 

 

Des études ont été faites par la suite pour évaluer la teneur de minerai restant dans notre région (des carottages jusqu'à 17 m de profondeur sur Moulicent)  mais  les exploitants n’on pas cru bon d’investir pour extraire cette matière.

Les restants de fusion de Rainville ont été exportés en Hollande et en Grande- Bretagne  pour y être refondus afin d’extraire le minerai subsistant ;  en 1900, un petit train faisait la navette entre  Rémalard et Rainville afin de récupérer les scories.

 Aujourd’hui, des industries modernes  ont remplacé notre belle industrie  souhaitons qu’elles portent ‘haut et fier’ les couleurs  de notre belle et fameuse « FORGE DE LONGNY ».

La fin d'une époque

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Publié le 2 Mars 2026

                                             EPILOGUE 

Faut-il regretter, aujourd’hui,   la fermeture de nos usines ? Que serait devenue notre belle contrée  du Perche soumise à une industrialisation à outrance ?    Nul  ne peut le dire, mais rendons hommage à ces Hommes, ces Femmes, ces Enfants, qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour la grandeur de notre beau Canton, de notre belle ville de Longny au Perche.

Nous ne pouvons, nous empêcher, en écrivant ces quelques lignes, qui seront suivies  d’un ouvrage plus complet dans quelque temps, de penser à eux en les imaginant  traverser  les âges le long  de ce bief plusieurs fois centenaire.

Nous imaginons toute la peine que donnait  ce travail difficile effectué par tous les temps,  mais aussi que  de  joie procurée par ce  noble  labeur. Bien sûr, ces vies furent jalonnées par des drames, des épisodes douloureux, des Révolutions mais,  voyez-vous, Le Fourneau de Rainville et la Forge de Longny garderont en  mémoire tous ceux 

EPILOGUE...

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Publié le 2 Mars 2026

N.D.A. : Ce document a été réalisé grâce aux pièces retrouvées et prêtées par des habitants du canton de  Longny-au-Perche. Nous avons résisté à la tentation de faire du « copié collé » comme il est aisé  aujourd’hui de le faire et même si,  sur l’histoire de Longny,  tout  ou presque a été dit par Bart des Boulais, par l’abbé FRET, l’abbé Godet ou les divers historiens, entre autre notre voisin Philippe SIGURET, qui ont copieusement travaillé sur ce thème,  nous nous sommes fait un grand plaisir en apportant quelques informations qui n’avaient pas été dévoilées  dans les divers ouvrages.

Notre volonté n’était pas d’abreuver le lecteur de chiffres et de renseignements faciles à retrouver sur tous les sites internet relevant de la documentation de la Forge de Longny mais d’apporter notre éclairage sur la base de nouvelles  découvertes faites  au fur et à mesure  de notre ‘’voyage dans le temps’’. 

Nos moulins, leurs vannages ainsi que  les systèmes hydrauliques leurs étant adjoints,  datent approximativement de la même époque que la Cathédrale  Notre Dame de Paris ;   nous nous devons de protéger ce patrimoine inestimable de notre Pays  et,  plutôt que de chercher à les détruire,  efforçons-nous de les remettre en état, protégeons ce patrimoine intarissable.

Bibliographie :

Jules CESAR  la guerre des Gaulles, livre VII chap. 22

Bart des Boulais Recueil des antiquitez du Perche

Mr l’Abbé METAIS  le Cartulaire des Notre-Dame de JOSAPHAT

Vicomte Olivier  de ROMANET »coup d’œil sur l’industrie du Perche à travers les siècles », et « Géographie du Perche  cartulaire de cette province »

Gérard CORDIER  : les dépôts de haches à talon du gué-de-longroi (E&L)et de Longny orne.

Mr René de BREBISSON   le prieuré de Fossard en Moulicent (orne) depuis 1150.

L’Abbé GODET  souvenirs de Jeunesse et mémoires de Moulicent

Michel DEVEZE : la vie de la forêt Française au XVI° siècle « les hommes et la terre » Tome 1

Guy RICHARD  les forges Normandes en 1794

Maurice LEROUX  Longny centre industriel T XXVI

DUPLAT et PATU de ST VINCENT : Voyage Pittoresque  et historique dans les comtés du Perche et d’Alençon .

Histoire de la ville de l’Aigle et de ses environs recherches Historiques J.F. VAUGEOIS edit 1841

François DORNIC : l’industrie dans le Perche cahiers Percherons 1963 n° XVIII P.26/31

A.DESLOGES  les Forges de Normandie  1903

Yannick LECHABONNIER  Dossier de repérage du Patrimoine industriel établie en 1987

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Archives de la France Monastique

Archives ecclésiastiques antérieures à 1790 Tome X –H4694 – H 5736

Rapport du 67° congrès de l’association pour le progrès de l’Agriculture et de l’Industrie session 1899

Annales de Normandie « la métallurgie dans le Perche »

Archives de la B.N.F. et du Département de l’Eure et Loir ainsi que l’Orne.

Merci à la famille de BREBISSON ,

Merci à Monsieur Philippe SIGURET ,

Merci à Monsieur LECHERBONNIER.

 

Bibliographie :

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