La vie Sociale à la forge
Publié le 2 Mars 2026
Les Maîtres de Forges prenaient en fermage les forges dont les Barons étaient propriétaires et s’engageaient à les faire fonctionner, à les entretenir et à produire suffisamment de fer pour les rentabiliser ; le matériel leur appartenait et une partie de la production restait leur propriété, pour exemple à Rainville un quarantième de la fonte restait au maître de forge.
Les salaires des ouvriers n’étaient pas très élevés mais, dès le début du 18° siècle, certains habitaient sur place ; ils avaient ainsi accès à un potager et à un verger. C’est au début du 18° Siècle que l’on fit construire des bâtiments à Rainville pour y loger les ouvriers travaillant au Fourneau Le maître partageait volontiers une partie du poisson pêché dans le bief.
Cette corporation de ferrons se tenait à l’écart des autres corporations voisines et la solidarité de la profession, déjà au XVI° siècle, était de rigueur.
Un ouvrier cherchant du travail s’arrêtait volontiers à la forge ou au fourneau pour rencontrer le Maître de Forge et demander de l’embauche, après un moment de discussion, si le Maître le jugeait utile, il invitait ce dernier à faire ses preuves sur un ouvrage ; si l’essai était concluant et s’il y avait besogne à la Forge, il le gardait.
Toutefois, s’il n’y avait pas d’embauche, l’ouvrier pouvait alors rester pour se reposer et se restaurer à la table du Maître. Il bénéficiait du gîte et du couvert et, lors de son départ, le Maître remettait à l’homme quelque argent pour qu’il puisse continuer son voyage jusqu'à la Forge prochaine.
Les bons usages et coutumes étaient de mise. La veille du 1er Janvier, les Forgerons allaient souhaiter la nouvelle année au Maître de forges, accompagnés de leurs enfants mâles ; il était bien recommandé par le Maître de ne pas oublier ces derniers, forgerons en herbe, car il importait, dès leur plus jeune âge, de leur inculquer le goût et les traditions du métier.
Avant d’entrer dans le logis du Maître, les forgerons, au XVIII° siècle, chantaient les deux couplets suivants :
Bonsoir Maître de forge,
Le bonjour vous est donné,
Que le bon Dieu vous conserve vos Forges
Aussi vos fourneaux, vous nous donnerez
De vos veilles ferrailles un cent de Fer
Pour commencer l’année
Si la Gouvernante est belle
Faites nous en un présent
Quelle soit pucelle ou non pucelle
Nous en aurons le Cœur content
Nous lui apprendrons, nous ne tarderons guère,
Le jeu d’aimer en faisant bonne chère.
Puis les forgerons entraient chez le Maître qui les retenait à souper.
La grande fête des Forges se situait à la Saint Eloi d’été qui tombait après la Saint Jean (fin Juin), cette date correspondait à l’arrêt des moulins ; en effet, l’étiage faisant, il n’y avait plus assez d’eau dans la rivière pour faire tourner les Roues et les forges s’arrêtaient.
Les ouvriers allaient se louer dans les fermes des environs pour les travaux des champs, les charbonniers en profitaient pour refaire les stocks de charbon de bois et les mineurs les stocks de minerai, (à la reprise du fourneau à Rainville, en Octobre, il y avait six mois de provisions).
Il est de fait que la Fête de la St Eloi était la Grande fête des forges. La veille, les apprentis et servantes nettoyaient la place de fond en comble. Dès le lendemain, tous et toutes lavés et apprêtés, partaient en procession de chaque moulin pour se retrouver sur la place de Longny ; là, les attendait le porteur du Bâton de St Eloi, sur le parvis de l’église, tenant, dans l’autre main, une torche ; ils y entendaient messe et s’en retournaient au moulin et à la forge pour ‘donner à boire aux roues des moulins’, un gâteau, offert par les ouvriers, était ‘frappé par le marteau’, comme souvent dans notre région s’en suivait un grand festin.
Le repas terminé, il était d’usage que le porteur du bâton de Saint Eloi remette la statue du Saint à son nouveau détenteur ; ce nouveau « locataire » monnayait ce bâton, c’était le mieux disant qui remettait au curé la somme convenue, gardant ainsi pour une année ce symbole qui devrait lui apporter chance et notoriété. Les participants suivaient alors ce dernier, en procession jusqu’à sa demeure où il se devait d’offrir ‘un coup de cidre’. Déjà à cette époque « l’on marquait le passage ».
La vie de nos ancêtres était difficile, parfois pénible, mais chacun se respectait et, si les ouvriers se voulaient volontiers familiers avec le Maître de forges, ils lui étaient tout dévoués et toujours omniprésents pour la forge.
Tout le monde mettait « la main à la pâte » hommes, femmes, enfants. Nous verrons plus bas quelques chiffres représentant les salaires, ceux-ci évoluant selon les âges et les époques, mais, en tout état de chose, les journaliers étaient payés chaque soir et, à peine touchée la soulte (un sous), descendaient à Longny pour y boire, ce qui fit le bonheur et la richesse des tavernes de notre village.
Les enfants commençaient très tôt à travailler à la forge mais l’apprentissage n’était pas payé ; quelque fois même les parents monnayaient auprès du Maître de forges l’embauche de leurs gamins.
SUITE :N'hésitez pas à suivre cette belle histoire en cliquant sur le 2 qui vous portera sur le 2 ° partie ...
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