Publié le 14 Mai 2026

Voilà des années que notre association dénonce ce scandale ... comparer les coûts et les bénéfices des travaux que l'on vous oblige à réaliser ! Cela n'a jamais été plaidé devant les tribunaux administratifs , ça ne devrait plus tarder !!!

Par Hydrauxois :

La Cour des comptes vient de publier un rapport sur la police environnementale de l’eau. Le document dresse un diagnostic critique: droit complexe, action publique peu lisible, faiblesse des suites administratives, moyens insuffisants, mauvaise acceptation sociale des contrôles, résultats encore trop faibles sur l’état des masses d’eau. La Cour rappelle que seulement 44 % des masses d’eau sont en bon ou très bon état écologique, et que l’objectif européen de 100% en bon état ne sera jamais atteint en 2027. Mais si la Cour se livre à des réflexions juridiques et institutionnelles, on regrette la pauvreté du chiffrage sur sa raison d'être : l'économie des choix publics, l'analyse coûts-bénéfices des normes, fiscalités et administrations de l'eau.

Le rapport de la Cour des comptes n’est pas sans intérêt. Il confirme que la police de l’eau ne concerne pas seulement les agriculteurs, même si ceux-ci occupent une place centrale dans l’analyse en raison des pollutions diffuses. La Cour mentionne aussi les industriels, collectivités, particuliers, propriétaires de plans d’eau, moulins, seuils et barrages. Elle reconnaît que la réglementation est devenue touffue, instable, hétérogène selon les départements, parfois illisible pour les usagers. 
Tout cela est utile. Mais une question demeure: où sont les comptes?
 
Car une Cour des comptes devrait précisément faire ce que beaucoup d’administrations environnementales font rarement: comparer les coûts et les bénéfices des politiques publiques. Or le rapport calcule surtout le coût interne de la police de l’eau: environ 130 millions d’euros par an, dont plus de 90 % en dépenses de personnel. La Cour juge (à raison) ce coût faible au regard des 24 milliards d’euros annuels consacrés à la politique de l’eau et des dommages liés aux usages de l’eau, évalués à 5 milliards d’euros par an.On attend le coût réel des diverses politiques de l'eau, pas juste de leur contrôle
Mais ce calcul reste incomplet et insatisfaisant. Le coût réel d’une norme publique ne se limite jamais au salaire des agents qui la contrôlent. Il inclut aussi les coûts imposés aux particuliers, aux entreprises, aux collectivités, aux propriétaires d’ouvrages, aux porteurs de projets. Il inclut les études, les dossiers, les expertises, les retards, les contentieux, les travaux prescrits, les abandons de projets, les pertes de production, les coûts d’opportunité. En économie publique, ce dernier point est essentiel: un projet empêché, retardé ou rendu impossible par une interprétation administrative de la loi sur l’eau a lui aussi un coût, même s’il n’apparaît dans aucune ligne budgétaire de l’État.
Dans le cas des pollutions, l’analyse coûts-bénéfices peut être relativement intuitive. Une pollution évitée peut signifier moins de dépenses de potabilisation, moins de captages abandonnés, moins de risques sanitaires, moins de dégradation des milieux. 
Mais cette logique devient beaucoup moins évidente dès que l’on passe de la pollution à la morphologie des rivières, à la renaturation et à la continuité écologique. Quand une collectivité, une agence de l’eau ou un propriétaire dépense 100 000 euros, 500 000 euros ou 1 million d’euros pour effacer un seuil ou un barrage ou un étang, quel est le bénéfice réellement constaté? Combien de poissons supplémentaires? Quelles espèces? Quelle amélioration de l’état DCE? Quelle évolution de la biodiversité locale? Quels effets négatifs éventuels sur les zones humides annexes, les paysages, les usages, les niveaux d’eau, le patrimoine, la recharge locale, la lutte incendie, les loisirs ou la petite hydraulique?La pollution n'est pas le seul objet de la politique de l'eau, qu'en est-il de la renaturation?
La Cour cite une étude économétrique réalisée par la Toulouse School of Economics sur l’impact de la police de l’eau. Elle en tire une conclusion prudente: l’action de police a un effet positif sur certains paramètres physico-chimiques, mais cet effet reste limité, variable, parfois difficile à isoler, et insuffisant pour atteindre le bon état des masses d’eau. C’est intéressant pour des paramètres de qualité de l’eau. Mais ce n’est pas une analyse coûts-bénéfices des politiques de destruction ou d’aménagement d’ouvrages hydrauliques, ni de manière générale de la restauration écologique ou renaturation qui passionne tout particulièrement les agents de police de l'eau, DDT-M ou OFB.. Et cela ne répond pas à la question qui intéresse notre association ainsi que les propriétaires de moulins, d’étangs, de seuils, de petites centrales ou les communes rurales: les dépenses imposées produisent-elles des bénéfices mesurables, proportionnés et supérieurs aux alternatives?
La question est d’autant plus importante que l’hydroélectricité n’est pas une énergie marginale. En 2024, selon RTE, la production hydraulique française a atteint 75,1 TWh, soit 13,9 % de la production électrique nationale, deuxième filière après le nucléaire et première filière renouvelable. RTE souligne aussi que la production française a atteint un niveau historique de décarbonation, avec 95 % de production décarbonée en 2024. Les analyses de cycle de vie montrent par ailleurs que l’hydroélectricité est une source bas carbone.
Dès lors, une politique de l’eau qui rend plus difficile la création, la relance ou l’optimisation de petites productions hydroélectriques a un coût climatique et énergétique potentiel. Ce coût n’est pas seulement privé: il concerne la souveraineté énergétique, la production locale bas carbone, la résilience des territoires, la valorisation d’ouvrages existants. La Cour évoque les contradictions entre politiques publiques, notamment entre politique de l’eau et politique agricole, ou entre police de l’eau et installations classées. Mais elle ne traite pas vraiment la contradiction entre restauration morphologique systématique et transition énergétique bas carbone.
L’intérêt général ne peut plus être invoqué de manière abstraite, en écologie comme ailleurs
C’est pourtant là que l’on aurait attendu une vraie Cour des comptes. Non pas une Cour qui se contente de dire: la police de l’eau coûte peu à l’administration, donc elle devrait être renforcée. Mais une Cour qui demande: quels sont les coûts complets supportés par la société? Quels bénéfices mesurables sont obtenus? Quelles mesures ont le meilleur rendement écologique par euro dépensé? Quelles prescriptions sont disproportionnées? Quels projets utiles sont empêchés? Quels arbitrages sont faits entre biodiversité aquatique, climat, patrimoine, économie locale et adaptation hydrique?
 
Le vrai sujet n’est donc pas de supprimer la police de l’eau. Une police publique est nécessaire lorsque des usages portent atteinte à une ressource commune. Le sujet est de demander à cette police, et aux politiques qu’elle applique, de rendre des comptes complets. En matière d’eau, l’intérêt général ne peut plus être invoqué de manière abstraite. Il doit être démontré, chiffré, comparé, territorialisé.
C’est précisément ce que ce rapport ne fait pas assez. Il décrit une police de l’eau insuffisamment efficace sans mesurer vraiment la valeur nette des politiques qu’elle sert. Il calcule le coût administratif du contrôle sans le coût social complet de la norme. Il insiste sur les bénéfices attendus de la protection de l’eau sans interroger les bénéfices réels, localement mesurés, des choix les plus conflictuels ou des opérations les plus incertaines, comme la renaturation.
Compter, ce n’est pas seulement additionner les budgets publics. C’est aussi comparer les effets, les pertes, les gains, les alternatives. Sur ce point, la politique française de l’eau attend encore son véritable audit.
 
Police de l’eau: une Cour des comptes qui ne fait pas vraiment les comptes

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 28 Mars 2026

La mule n'est pas un accident de reproduction. C'est le résultat de deux millénaires de sélection délibérée pour produire l'animal de travail le plus complet qui existe en terrain difficile. La France possède l'une des traditions mulassières les plus anciennes d'Europe, notamment dans les Pyrénées, les Alpes et le Massif Central.
La mule est le produit du croisement entre un âne mâle (baudet) et une jument. Le résultat combine le meilleur des deux parents par ce que la génétique appelle la vigueur hybride : la mule surpasse ses deux géniteurs en résistance, santé et longévité.
Ce qui la rend supérieure au cheval pour le travail en montagne française :
Sabot plus dur et plus étroit. Le sabot de la mule est plus compact que celui du cheval et plus résistant que celui de l'âne, conçu pour les terrains pierreux, les pentes et les sentiers de montagne. Une mule travaille en montagne sans ferrage là où un cheval aurait besoin d'être ferré toutes les 6 à 8 semaines. Dans les Pyrénées, les chemins escarpés des Alpes et les drailles du Massif Central, la mule reste le seul moyen de transport fiable dans les passages les plus étroits.
Thermorégulation supérieure. La mule transpire moins que le cheval en travail intensif et récupère sa température plus rapidement au repos. Lors de longues journées de travail en été, une mule peut travailler 2 à 3 heures de plus qu'un cheval de taille équivalente avant de nécessiter une pause pour excès de chaleur.
Consomme moins par kilo de travail fourni. Une mule de 400 kg a besoin de 30 à 40 % moins de fourrage qu'un cheval du même poids pour le même rendement. Dans les zones de montagne où le fourrage est rare ou coûteux, cette différence détermine la viabilité économique de l'animal.
Vit plus longtemps et travaille plus d'années. Un cheval de travail a une durée de vie utile de 15 à 20 ans. Une mule bien entretenue travaille jusqu'à 30 ans à pleine capacité et peut atteindre 40 ans. Pour un éleveur de montagne, acheter une mule jeune représente un investissement unique pour une génération de travail.
L'entêtement comme dispositif de sécurité. La mule refuse d'avancer sur un terrain qu'elle juge dangereux. Ce n'est pas de l'incompréhension, c'est une évaluation du risque plus prudente que celle du cheval. Le cheval s'engage dans le passage périlleux sous la pression du meneur. La mule s'arrête. En transport de charge sur terrain accidenté, ce refus a sauvé des vies et des chargements pendant des siècles.
Pourquoi on en parle si peu :
La mule est stérile. Sa combinaison chromosomique (63 chromosomes : 32 de l'âne + 31 de la jument) empêche la reproduction. Chaque mule nécessite donc un nouvel investissement en croisement, ce qui l'a rendue moins pratique lorsque la mécanisation a gagné les plaines. En terrain accidenté où les machines ne passent pas, la mule n'a jamais été remplacée. Elle a simplement disparu des regards.
La tradition mulassière française repose historiquement sur les baudets du Poitou croisés avec des juments locales. Aujourd'hui encore, dans les estives pyrénéennes, sur les alpages et dans les zones forestières du Massif Central, la mule transporte ce qu'aucun véhicule ne peut transporter.
L'animal le plus compétent de la montagne française n'a jamais eu besoin de publicité parce qu'il n'a jamais cessé d'être indispensable.
LES MULES  DANS LE PERCHE ,

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 27 Mars 2026

 
Et si les castors étaient des champions discrets du climat ?

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 18 Mars 2026

Aux origines de Longny-au-Perche

Par Philippe SIGURET 

Dans son livre Fragments historiques sur le Perche, publié en 1866, Jean-François Pitard affirme que le nom originel de Longny était Val-en-Fred (1). Il écrivait à une époque où les recherches historiques étaient balbutiantes, si bien qu’il est parfois nécessaire de revenir sur certains points. Ce toponyme de Val-en-Fred a été repris par tous ceux qui écrivent l’histoire en se contentant de recopier les écrits de leurs prédécesseurs. Le temps est venu d’expliquer l’origine probable de cette méprise.

Le nom de Longny apparaît relativement tardivement, à la fin du xiie siècle, dans le cartulaire de la Chartreuse du Val-Dieu sous la forme latine Loignetum (2). D’où vient donc ce nom de Val-en-Fred proposé par Pitard ?

Les historiens s’accordent à dire que Longny était avant tout une place forte assurant la défense du territoire contre les Normands. Il faut remonter au xe siècle, à l’époque des invasions normandes, pour apprendre que les ducs de Normandie convoitaient Chartres, riche cité mariale, défendue à la fois par le comte de Blois-Chartres Thibaut le Tricheur et l’évêque de la ville, dont le plus célèbre fut Wantelmus ou Ganteaume.

L’évêque s’était vu confier la défense des marches du sud relevant de son château épiscopal de Pontgouin. Il avait été contraint de recruter des hommes de guerre capables de porter les armes et d’élever des châteaux : l’un portait le titre de vidame de Chartres, installé à Meslay-le-Vidame et plus tard à La Ferté-Vidame. D’autres chefs militaires tenaient les places fortes d’Alluyes, Brou, Montmirail, Authon et La Bazoche, réunies en une seule main par Guillaume Gouet vers 1050 – elles se sont appelées plus tard les cinq baronnies du Perche-Gouet. L’évêque tenait d’autres lieux fortifiés, l’un à Saint-Denis-des-Puits dont le seigneur prit le titre de baron du Chesne Doré ; enfin, plus à l’ouest, l’évêque avait fait élever, au milieu d’un marécage, la tour de Longny, dont les tenants furent appelés plus tard barons de Longny, étendant leur juridiction sur les paroisses d’Auteuil (en majeure partie), Bizou (un seul lieu), Brotz (aujourd’hui réunie à l’Hôme-Chamondot), La Lande, Malétable (en partie), Monceaux et Moulicent (3). Il ne faut pas oublier que la paroisse de Longny a fait partie du diocèse de Chartres jusqu’au Concordat de 1801. L’abbé de Saint-Jean-en-Vallée à Chartres nommait le prieur-curé de Longny ainsi que celui de Monceaux.

C’est du côté de Chartres qu’il faut se tourner pour trouver le nom de Val-en-Fred. Dans le cartulaire de l’abbaye de Notre-Dame de Josaphat, près Lèves, il est mentionné, à la date de 1214, qu’un certain Girard de Boissy (Girardus de Buxeio), seigneur de Valle Cupreii, confirmait les donations que ses ancêtres avaient faites, notamment le prieuré de Fossard à Moulicent, l’étang de Granguli ainsi que la métairie de Rainville (Raesvilla) (4). Ne faut-il pas voir dans ce nom de Valle Cupreii le lieu s’appelant aujourd’hui Cufret situé dans une portion du territoire de Bizou, sur la rive gauche de la Jambée ?

Une série de documents datés du xiiie siècle, publiés par Olivier de Romanet, mentionne une seigneurie de Val de Empré, d’abord tenue par Girard de Boceio et donnée en gage en 1213 à l’abbaye de Saint-Jean-en-Vallée. Dans les chartes suivantes, l’appellation varie, à la fois dans les commentaires de Romanet (qui parle de Val de Empré ou Val-Enfred) et dans les textes des chartes citées (Valle Enfredi, Valle Emprey, Valle Empreti, Valle-de-Empre, Valle Emprei). Une déclaration de 1237 atteste que le seigneur de Valle Emprey tenait la forteresse de Longny (forteretia de Longniaco) (5).

Sur le plan géographique, l’actuel Cufret se situe dans la vallée de la Jambée, sur un chemin que l’on peut suivre depuis Boissy, passant par les Aulnays, la Martinière-Mirabon, la Simardière, Cufret, le Moulin des Isles, la Forge de Beaumont et débouchant à Longny (6). D’après les chartes, les noms de Valle Cupreii et Val-Enfred s’étendaient à la vallée supérieure de la Jambée, au-delà de Longny, incluant le moulin de Rainville, Moulicent, Fossard, jusqu’à la grande voie romaine de Sens à Valognes, passant par Chartres et Sées, encore bien visible sur les cartes (7).

On peut donc conclure que le nom de Longny est bien le nom premier de ce lieu placé sous la juridiction de l’évêque de Chartres. Celui-ci confia la défense de sa tour de Longny à un chevalier de Boissy qui contrôlait la vallée supérieure de la Jambée, à laquelle était attribuée le nom de Valle Cupreii (8) et ses variantes.

Après qu’en 1237, un seigneur de Valle Emprey eut tenté de prêter hommage au roi de France pour sa forteresse de Longny, la suzeraineté de l’évêque de Chartres fut reconnue formellement par Girard de Longny en 1273 et se maintient jusqu’à la Révolution. Cette situation de dépendance ne va pas sans compliquer considérablement l’administration de la justice par le bailli de Longny, installé dans une dépendance du château appelée « maison de la coutume ». Bien que la justice soit rendue selon la coutume du Perche, « les appels des sentences du juge de la baronnie de Longny ressortissent à la baronnie de Pontgouin, celle de Pontgouin à la justice de la chambre épiscopale de Chartres, de là au bailliage du lieu et ensuite au Parlement de Paris. Les habitants de Longny qui commencent des procès n’en voient point ordinairement la fin, à cause des différents degrés de juridiction qu’un chicaneur leur fait essuyer et ils sont obligés d’abandonner leurs intérêts, ne pouvant fournir aux frais » (9).

 

Contrastant avec la situation de la baronnie de Longny restée sous la juridiction de l’évêque de Chartres jusqu’à la Révolution, la châtellenie de La Motte d’Yversay, située à quelques kilomètres de Longny sur la paroisse de l’Hôme-Chamondot avait le privilège d’interjeter appel directement auprès du Parlement de Paris, sans intermédiaire, ni à Longny ni à Mortagne. La Motte d’Yversay comprenait une partie de la paroisse de l’Hôme-Chamondot, notamment la Grande Motte et la Petite Motte, la Vicomté où s’exerçait la justice, et surtout la forteresse de Gannes surplombant la vallée marécageuse d’un affluent de la Jambée. Quelques lieux-dits, Auteuil, Malétable et Saint-Maurice-lès-Charencey, relevaient de la Motte d’Yversay, qui dépendait directement du roi, comme le procès-verbal de la coutume du Perche l’avait enregistré en 1558. Cette situation prouve que ce château avait été élevé par ordre du roi de France et confié à un fidèle qui avait gardé des relations directes avec le souverain.

 

Dans son Rapport sur les noms des communes de l’Orne, l’archiviste Louis Duval préconisait d’écrire « Longni » (avec un « i »). L’appellation « Longny-au-Perche » a prévalu jusqu’à la décision malheureuse de la nouvelle commune de prendre le nom de Longny-les-Villages à partir du 1er janvier 2016, abandonnant toute référence au Perche, quand toutes les autres nouvelles communes s’empressaient de l’adopter (10).

Notes

(1) Jean-François Pitard, Fragments historiques sur le Perche, Mortagne, 1866, p. 247. Pitard était secrétaire de la mairie de Mortagne.

(2) Louis Duval, Notes sur la topographie ancienne sur le Département de l’Orne, Alençon, 1892. Ce nom latin, selon l’hypothèse de René Lepelley sur les noms des communes dans l’arrondissement de Mortagne-au-Perche viendrait du nom de personne Loconius (Cahiers Percherons, 1994, 2&3). De même, Guy Villette rapporte l’origine de Loigny-la-Bataille en Eure-et-Loir à un propriétaire nommé Lucanus (Guy Villette, Les Noms de villes et villages d’Eure-et-Loir, Chartres, 1989, p. 57).

(3) Le jour de l’installation du nouvel évêque, ses quatre vassaux – le vidame de Chartres, les barons du Perche-Gouet, du Chesne Doré et de Longny – devaient, solennellement, le porter sur leurs épaules de la porte des Épars jusqu’à la cathédrale.

(4) Abbé Charles Métais, Cartulaire de Notre-Dame de Josaphat, Chartres : Société archéologique d’Eure-et-Loir, 1911-1912, tome 2, p. 380-381. Cet important document a été trouvé par Mr André Quiblier du Moulin de Rainville.

(5) Vicomte de Romanet, Chartes servant de pièces justificatives à la Géographie du Perche et formant le cartulaire de cette province, Mortagne, 1890-1902, p. 187-194, chartes n°112-120 (xiiie siècle). La métairie de Rainville est citée comme moulin en 1273 (charte n°118).

(6) Ce chemin était d’ailleurs doublé sur la rive droite de la Jambée par un itinéraire qui partait des Aulnays, traversait la rivière au Pontgirard (qui tient vraisemblablement son nom du seigneur Girard de Boissy) et continuait par Monceaux, la Détourbe et Longny.

Voir les documents chartrains cités dans le  cartulaire de Josaphat et dans le livre rouge de l'évêché de Chartres publiés dans les chartes du Perche.

(7) Jean de Brébisson, « Le prieuré de Saint Robert de Fossard », Bulletin de la Société Percheronne d’Histoire et d’Archéologie, tome 11, 1912, p. 97.

(8) Valle Cupreii signifie littéralement « Val du cuivre » – à rapprocher de Cuprius ou Cyprius qui désigne l’île de Chypre (l’île du cuivre). Cette référence insolite au cuivre rappelle qu’on a découvert en 1931 à Longny au Val-Tellier un site archéologique, qui a livré seize haches de l’âge du bronze (« Compte-rendu : Un trésor de l’âge du bronze à Longny-au-Perche, par Mme Odette Salles », Cahier percheron, n°25, 1967). Faut-il penser que des fondeurs de cette époque travaillaient le bronze, alliage de cuivre et d’étain, matières premières importées de Grande-Bretagne, et ce dans la vallée supérieure de la Jambée ?

(9) Louis Duval, « L’administration de la justice. La tenue des états provinciaux et les attributions du bailli dans le comté du Perche pendant les deux derniers siècles », Bulletin de la Société Archéologique de l’Orne, tome 11, 1892, « Appendice », p. 226.

(10) Sans compter qu’en parler percheron, le « village » était connoté péjorativement (comme lieu « paumé »), par opposition au bourg.

 

Je remercie André et Pimprenelle Quiblier, ainsi que Damien Renault, pour leur contribution à la mise au point de cet article.

Plan du chateau de Longny vu par Maurice Leroux

Plan du chateau de Longny vu par Maurice Leroux

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 2 Mars 2026

Les Origines,+

En terme de Métallurgie dans la région de Longny  tout  a commencé très tôt ;  preuve en est qu’un carrier nommé Le Gall, en 1932,  découvrit un dépôt de 16 haches datant de l’époque des bronziers normands (fondeurs de bronze), celles-ci estimées, en terme de datation,  de la fin du  bronze moyen au  début du bronze final soit 1200 à 900 avant notre ère.

Cette découverte a été faite au bois de Gencey (à la hauteur du lieu-dit le val du Tellier) à Longny et atteste que nos forêts étaient déjà, à cette époque,  habitées  par des hommes qui connaissaient le travail des métaux.

Les haches servaient, bien sûr, aux travaux pratiques comme  tailler le bois ou  gratter les peaux de bêtes. Il est certain que c’était  un outil universel  qui était  aussi une monnaie d’échange,  le bronze étant une « valeur sûre de l’époque » ; instituées également en décorations votives, c’est aussi pourquoi certaines d’entre elles possédaient  un anneau sur le côté ; ledit  anneau était traversé par un lacet de cuir. Ces objets, mis en avant,  montraient l’importance de l’individu. Donc haches fonctionnelles mais aussi objet d’apparat.

                                                       *

L’art de fondre les métaux a du être une des premières inventions de l’homme réuni en société .(J.F. Gabriel Vaugeois).

Notre canton , comme notre région le Perche  a été très tôt occupé par une tribu Gauloise vers le VI° siècle avant J.C.  (Mr de la Sicotière dans ses écrits pense  que la rivière du Loir aurait séparé les Carnutes des Cenomani) ;  de même que c’est  la rivière de la Caumauche qui permis de séparer les terres entre le diocèse de Séez et celui de Chartres,  Longny se retrouvant du coté Chartrain.

A l’époque de Jules César, qui nommait cette  province normande  « magnoe ferrarioe »,  ces terres étaient très convoitées par  les soldats romains  (la guerre des Gaules livre VII, chap.22).

Ces derniers avaient grande nécessité de fer pour alimenter en outils et en armes leurs légions, lesquelles partaient vers le nord et vers l’ouest du pays ; ce qui explique que, rapidement,  les envahisseurs  mirent la main sur nos forges et sur les ferrons gaulois qu’ils asservirent. Dans l’œuvre de Jules César  (la Guerre des Gaulles  livre VII Chap. 89),  on peut lire : « Tel était le nombre des esclaves dans l’empire qu’on osa plus les marquer d’un costume à part,  par l’effroi qu’ils vinssent à se compter un jour », Cette multitude composait les  deux tiers de la population de la Gaulle. D’ailleurs cette note justifie nos commentaires :

Le casque des légionnaires romains... était gaulois.

Les Romains ont toujours su emprunter aux autres peuples ce que ces derniers avaient de meilleurs quel que soit le domaine.

En matière militaire, Rome a mis ses ennemis à contribution avec une constance et une intelligence remarquable tout au long de sa longue histoire avec une maître pensée : l'adaptation !

Les légionnaires romains étaient ainsi équipés d'un bouclier samnite, d'un glaive espagnol, d'une cotte de mailles et d'un casque gaulois.

Et oui, ces beaux casques qui protègent si bien le chef des légionnaires romains ont été conçu par des forgerons gaulois. Puis copiés (et améliorés) par les Romains.

En photo : casque impérial gaulois (c'est la dénomination officielle établie par les archéologues !) trouvé sur le site de l'antique Brigetio (Hongrie actuelle). Le casque date de la fin du Ier siècle de notre ère. Il est aujourd'hui conservé à l'Amgueddfa Cymru - National Museum Wales.

(Storia Mundi)

Il a été retrouvé près de Mezières, dans le canton de Tourouvre,  sous l’ancienne voie Romaine, une épaisseur  d’environ  un mètre de résidus  de fonderie ;  ces fouilles ont permis également de retrouver outils et pièces de monnaie datant  de l’époque de l’occupation Romaine. Il n’est d’ailleurs pas rare de trouver des constructions de cette époque contenant du Laitier ainsi que des restes de fonderie.

L’abbé Godet en fait témoignage dans ses « mémoires historiques  de Moulicent » , indiquant que de nombreux emplacements de bas fourneaux ont été découverts sur la commune de Moulicent et de Malétable. La matière était sur place, le bois pour le feu, le minerai pour le fer,  les bas fourneaux étaient la façon primitive de fabrication du fer ; en effet,  un trou était creusé en terre, on en tapissait le fond de sable et avec un feu maintenu intense 700/800°,  on y faisait fondre le minerai de fer réduit en grain. Ceux-ci ont été dénommés les petits fourneaux, trois pieds de haut sur 4ou 5 pieds de côtés et  percés de trous destinés à activer le feu avec un soufflet en peau de bête ou une sarbacane.

Les petits fourneaux décrits dans l'ouvrage d'Agricola (publié en 1546) étaient carrés ; ils sont figurés comme construits en maçonnerie régulière; ce qui sans doute avait lieu de son temps, parce que dès lors, ils étaient moins imparfaits que dans l'antiquité. Cependant les débris trouvés dans notre région nous portent à croire que ceux de nos ancêtres étaient ronds et d'une construction beaucoup plus simple ; que pour les établir il suffisait d'élever, avec des pierres et de l'argile détrempée, un mur circulaire de quelques pieds de hauteur, et d'en enduire l'intérieur d'une forte couche de terre glaise.

Pour effectuer la  mise à feu,  les gaulois chauffaient  le fourneau à l’aide de charbons ardents  puis  jetaient, peu à peu,  sur ce brasier le minerai  préalablement lavé et pilé  auquel il fallait  ajouter un peu de chaux ou de marne. Au fond  de cette sorte de cheminée était creusé un bassin qui  recevait  la fonte en fusion par un canal de communication, ou bien encore le dit bassin  était creusé en contre bas pour permettre l’écoulement de la fonte.

Les historiens ne nous ont rien appris sur les premiers essais  de la métallurgie.

 Par la suite,  ont été créés des fours un peu plus importants que l’on appelle  encore les forges à bras (ou fours volants ou fours moyens) c.a.d que les soufflets étaient actionnés  à bras d’homme. C’étaient les forges dites « catalanes » puisque le procédé s’en rapproche. Il s’agissait de petites maçonneries d’environ un mètre au carré (ou de formes rondes de mêmes dimensions  comme dit plus haut),  d’un mètre cinquante de hauteur voir  un peu plus pour certaines ;  Ce système que l’on appelle  ‘procédé direct’  (puisque le métal était travaillé à la sortie du four) a été utilisé tant que la main d’œuvre  locale était disponible et peu onéreuse. Cependant,  les besoins en fonte et en fer se faisant  ressentir de plus en plus dans  la vie courante,  il fallut  trouver d’autres moyens  pour actionner les soufflets et obtenir  une  intensité de chaleur permettant  une meilleure combustion du minerai  ; la voie d’une exploitation hydraulique était ouverte.

G.Agricola dans ses notes nous en donne description précise de la coulée :

 « Le fondeur alors ouvrait un conduit pratiqué vers le haut du bassin , pour laisser échapper les scories qui , comme moins pesantes, s'étaient amassées au-dessus de la fonte; quand elles étaient tout-à-fait écoulées, le travail du fourneau se trouvait Suspendu t il fallait -attendre que la masse fût figée et un peu refroidie. Cette fonte, dit Agricola, s'effectuait en huit, dix, ou douze heures de temps. On arrachait alors la masse du bassin, On la jetait par terre, après l'avoir cinglée, c'est-à-dire battue tout autour avec des petits maillets de bois , dont le manche menu et flexible avait cinq pieds de long, on la soumettait, sous le gros marteau de fer, au tranchant d'un instrument qui la coupait, des raisons qui ont fait adopter et conserver dans ces forges un mode de travail pour la réussite duquel on n'a pas besoin d'une aussi grande élévation de chaleur que celle qu'on obtient par le moyen des hauts-fourneaux; mais on a pu aussi eu avoir d'autres, s'il est vrai, comme le pensent d'habiles métallurgistes, que la ductilité des fers fabriqués de cette manière est due à l'affinage immédiat quand il est bien conduit *. « Georges Agricola » Traité de  « re metallica » publié pour la première fois, en 1546, à Bâle. 

 Avec le Haut- fourneau on changea cette méthode de travail pour passer au procédé indirect.

Dans les hauts-fourneaux, l'élévation de la chaleur fait fondre non-seulement la mine de fer, mais les sables quartzeux, les silex et les autres matières vitrifiables qui s'y trouvent mélangées. Le laitier qui en provient est en général coloré en bleu- verdâtre ou en vert plus ou moins foncé ; il est luisant, semi- transparent , à cassure vitreuse : c'est réellement une masse de verre , dans laquelle seulement se trouvent encore enveloppés quelques grains de fonte et quelques fragments de charbon à demi consumé , ce que l’on va appeler le laitier (ou sornes ou encore dans le parlé Percheron la « cline »)

Le coût d’exploitation,  incluant la main d’œuvre,  a fait réfléchir les Seigneurs sur une nouvelle orientation,  notamment la voie d’une exploitation avec les moulins hydrauliques.

Casque Gaulois ( romain) et bas fourneau ancêtre du haut fourneau
Casque Gaulois ( romain) et bas fourneau ancêtre du haut fourneau

Casque Gaulois ( romain) et bas fourneau ancêtre du haut fourneau

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 2 Mars 2026

Les moulins à eau auraient été  introduits très tôt dans notre région.

 En général,  dans les autres parties de la Neustrie, les moulins servaient à moudre le grain (farinarii) et ceci plus particulièrement dans les régions proche de la Beauce. 

Dans le Perche et ce avant 820, dans la haute vallée de l’Huisne et sur un de ses affluents, se trouve établie une série de six moulins à eau* ; d’après le polyptyque d’Irminon (*Polyptyque de l’Abbaye de Saint Germain hors des murs) « Ces machines sont déjà installées depuis longtemps. »

Toujours d’après Irminon  qui les qualifie de «vétustes » à cette époque ce dernier a rajouté un septième moulin plus performant ;  il n’est nul doute que le contexte économique ressort également par plusieurs traits caractéristiques. (contexte  industriel et agricole)

Depuis  l’époque gallo-romaine, dans notre Région du Perche, il est clairement fait état d’un centre de production du Fer.

A cette époque, dans le Perche, il y avait une production agricole moins importante que chez leurs voisins, la Beauce ou le Pays d’Ouche (hormis la récolte du chanvre) , la multiplication des moulins  étaient probablement nécessaires  au travail  des producteurs de fils  et des ferrons.  

Il est difficile de savoir à quelle époque l’on associa la motricité des moulins à eau à celui des forges en France mais il faut penser que,  dès  le moyen âge, il apparut  moins coûteux et plus efficace d’utiliser l’Hydro-motricité et les nobles Seigneurs y voyaient un intérêt  certain …Trace est retrouvée,  dans la région du Prche,  des premiers moulins au IX° Siècle ; c’est à ce moment et sans doute bien avant mais néanmoins ‘point construits par l’église’ qu’apparaît,  sur des documents anciens,  l’évocation de trois moulins dans le secteur de Boissy-Maugis.

Et s’il fallait le préciser, les cours d’eau du Perche se prêtent d’ailleurs fort bien à l’installation de roues Hydrauliques.

Les moulins hydrauliques

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 2 Mars 2026

RAINVILLE  près de « Longni » ou ...

Longny près de Rainville...

 

Tout d'abord l'étymologie :

Rain - Nom commun

Rain — définition française (sens 1, nom commun)

(Vieilli, Rare) Bordure d'une forêt ou lisière d'un bois.

 Dans les textes officiels, le rain des Forêts correspond aux abords des forêts royales, distance fixée à deux lieues par une ordonnance de 1551. Selon l'acception locale, il s'agit d'un versant, du bord en pente d'un pré ou d'une forêt. — Philippe Jéhin, Les hommes contre la forêt : l'exploitation des forêts dans le Val d'Orbey au XVIIIe siècle.

                Donc la Villa en bordure de la forêt royale ...

L'histoire 

Les origines du site de Rainville  ont été clairement établies dans le cartulaire de Notre Dame de Josaphat (ABBATIEAE SANCTAE-MARIAE DE JOSAPHAT)

Il est mentionné,  dans ce document,  que le Baron de Valenfred  avait fait donation aux moines Bénédictins  en Avril 1214 , avéré par  un document permettant aux moines de St Robert de Fossard  d’élever une chaussée à leur étang à charge d’y construire un moulin , ce document était signé  de GIRARDI DE BOCEIO (Girard de BOISSY) ; « l’abbaye de N.D. de JOSAPHAT fut fondée en 1117 ou 1120,c’était une abbaye « commandataire » de Bénédictins de la congrégation de   Saint-Maur au pays  chartrain ».

Le sceau dessiné par Gaignieres représente un aigle aux ailes éployées dans -un écu triangnlaire, légende f SIGILLVM GIRARDI DE BOCEIO. – Le contre sceau a un aigle au centre et autour la légende suivante -}- S' GI. DE BOCEIO 3

Cette demande du Baron aux moines n’est pas surprenante puisque l’on sait que les moines étaient des bâtisseurs ceci etant confirmé par :

Le Cartulaire de ND de Josaphat 1745 CARTULARIUM

1145. PARIS. Approbation par Louis VII roi de France, des moulins de Josaphat et de Jouy. »De molendinis curïe nostre et de Joiaco  CXXXVIII »

Il faut également constater qu’en ce même mois d’Avril 1214,  le dit Girard de Boissy,  confirmait toutes les donations faites par ses ancêtres à  Notre Dame  de  Josaphat en autre la « mediatariam de raesvilla » (la métairie de Rainville)  et cela en plus des donations  déjà faites  de ses terres de val d’Enfred  aux Chartreux  de l’Abbaye St Jehan de Chartres).

Voici quelques noms des prieurs de la Trinité ou de Saint-Robert de Fossard à partir du xv° siècle 

Vincent Pasquier, 1463, -1497 (?). qui fit accord avec le curé de Moulicent pour les offrandes faites dans la chapelle du prieuré,

1490. Jacques de Mineray,

 1497, Jean Guignebault,

1506, Jean Goury,

1538 'curé de Saint-Cyr,

15xx Edme de Theres, -

1530, Miche! Viohe,

1560, Pierre de Vasconcelles (curé de Moulicent),

1580, Laurent Lecomte, -1581, 1583, nommé par M. Noël Lecomte, grand vicaire de Chartres, et de M. Desportes, abbé de Josaphat.

 1584 André Foucault curé de Blandainville, 1601, Jacques Gautier,

1614, Nicolas Debaste,

1618, Thomas Harye,

1619, Robert Antoine MaHtourne,

1758-1789

C’est en 1273,  sous le règne de Louis le Hardy que  nous retrouvons  le nom de REAVILLA ; c’est dans un acte faisant reconnaissance par Girard de Longny de la suzeraineté de l’évêque de Chartres sur la terre de Longny qu’est cité le « molendinum de Raesvilla » le moulin de Rainville.

L’on ne connaît pas la fonction initiale qui a été donnée à ce moulin (au tout début du XIV° siècle) mais des moulins à « faire le FER » sont attestés dans le Perche au XIV° siècle.

Pour n revenir à la fabrication du fer nous constatons que, dans la région, beaucoup de prieurés ou abbayes exploitaient déjà la force hydraulique  et  que certains moines étaient passés maîtres en la façon de «  faire Fer » (entre autres, les trappistes « abbaye de la Trappe »).Nous lisons dans l'Histoire de la Trappe , par M. Louis Dubois , qu'en 1351, Charles de Valois accorda à Martin Ier, onzième abbé de la Trappe , le droit de « faire fer » , pour lui aider à réparer les pertes que le monastère avait éprouvées pendant les dernières guerres.

A noter également que Michel DEVEZE  professeur à l’université de Paris  cite Rainville et la forge de LONGNY  en 1350 « la vie de la forêt française au XVI° siècle ».C’est probablement à cette époque que Rainville transformera sa production hydraulique eu chanvre au fourneau.

Ce sont les premiers Barons de Longny (ou Longni), originaires de Beauce , qui, y construisant un château fort,  donnèrent leur nom à notre village ; auparavant,   notre vallée s’appelait le « VAL d’ENFRED  ou val d’enfreii (à noter enfreï en latin le cuivre ?)  voir encore val–en-pré ;  c’est pour cela que l’on peut lire,  toujours dans le Cartulaire de N.D. de Josaphat,  sur le document  d’approbation par   G.DE BOISSY  d’Avril 1214     

« UNUM SEXTARIUM ANNONAE IN MOLENDINIS * MEIS DE LOIGNEIO** »

 * (à noter que le mot moulin est au pluriel  déjà en 1214.) **Apparaît donc, dans cette phrase, pour la première fois dans nos recherches, le nom de LONGNY.

 Il est clairement démontré maintenant que Rainville était  une place établie dès le début du XIII° entre Longny et Moulicent.

La topographie faisant et les « Grands Près de Rainville »  jouxtant le lieu ou est constitué le moulin  il se peut laisser penser également  que celui-ci est été dans  une première fonction un moulin à chanvre. Pour mémoire, avant de travailler le chanvre, il fallait le « rouir », et ce champ fermé par un vannage aurait pu servir de bac à rouir (routoir ou mare à chanvre) nous n’avons pas encore retrouvé de documents permettant  d’affirmer quelques unes de ces probabilités. La seule certitude que nous ayons  est  l’existence de ce moulin en 1273. 

Nous retrouvons le 19 Juin 1556 un acte concernant un « Bail à ferme » par le Val-Dieu à Germain Poitremol  de Moulicent de 54 boisseaux de blé bon et loyal et boisseaux d’avoine :

« Fut présent Germain Poitremol de la paroisse de Moulicent lequel confesse avoir accepté pour 9 ans et 9 cueillettes de la part  de Don Jehan Lassers prieur du Val-Dieu , 17 arpents de Terre tant labourables que pré sur la Métairie de Beauvais en Moulicent joignant un chemin tendant de Bonnechère à la Forge de Rainville//… »

Alors pourquoi un fourneau à Rainville ?  et bien encore une fois, la proximité de la Forêt et des mines de fer (les forêts de Moulicent, de Longny, de Neuilly sur Eure et de la Ferté vidame ) ;  l’existence de chemins de communication  et  la rivière la Jambée que l’on retrouve dans certains documents sous le nom de « Lambie » ou « Iambie » et qui,  à cet endroit,  bénéficie d’une pente importante (40 mètres de dénivelé sur 17 Km) avant le talweg que sont les prés de Rainville situés face à la Métairie. Le vestige d’un pont médiéval sur le canal de dérivation recouvert aujourd’hui par le pont de  route   Dép. 11 est preuve d’une existence très ancienne d’une  voie importante  de communication entre Longny et Marchainville. A ce sujet d’ailleurs le val d’enfreï a été anteriné par Philippe Siguret comme le chemin qui mennait de Boissy Maugis à la voie Romaine devenue voie royale.

Quant  aux moulins,  la noblesse  en trouvait très tôt avantage et  rachetait, par tous les moyens,  ceux  pouvant appartenir à des particuliers et s’il fallait ne citer qu’un texte pour justifier cela,  nous citerions ce texte du XIII° siècle :

«  Je me suis rendu coupable de jugements iniques et de rapines chez les Mortels , et j’ai pêché plus que je ne saurais le dire ;avant toute chose, l’usure est  la cause de mes tourments, car j’ai prêté de l’argent à un pauvre homme et j’ai pris son moulin en gage, comme il ne pouvait point me rendre l’argent, j’ai conservé le gage et déshéritant les siens , je l’ai transmis à mon héritier ; me voici maintenant à porter dans ma bouche un fer de moulin incandescent qui me pèse plus que la grosse tour de Rouen » extrait LES MOULINS A EAU DE ROUEN - Dr A. Cerné 1936

Ce texte exprimant  l’intérêt de la noblesse sur nos moulins déjà au moyen-âge.

RAINVILLE  près de « Longni »

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 2 Mars 2026

L’extraction des minerais.

Nommé et désigné scientifiquement sous le nom de « limonites ou hydroxides de fer »ou encore vulgairement mine de fer à grain.

Dans notre région,  pas de mines en profondeur, le minerai se trouve à fleur de sol en morceaux  de 2 kg / 3 Kg  en moyenne et les plus gros blocs pèsent de six à huit kilos.

Les trous (ou chambres) étaient  creusés par des mineurs « des Tireurs de mine » comme ils étaient nommés « ou des mineux en jargon populaire » ; en 1651 un tireur de mine gagnait 8 à 9 sous par jour et le minerai rendu au fourneau, prêt à être jeté au feu, était payé 10 sous la rasière de 70 litres.

Les mines étant à ciel ouvert,  les hommes travaillaient sur quelques mètres  et, dès lors que les bords s’écroulaient  ou lorsque  l’eau en remplissait le fond, ils abandonnaient  simplement l’endroit et  ouvraient, un peu plus loin, une autre mine.

Ce n’est qu’un peu plus tard que les mineurs cherchèrent le minerai sur des profondeurs de  huit à douze mètres mais en étayant les  galeries ; cependant nos mineurs ne perçaient  pas de galeries souterraines comme cela s’est vu  dans certaines régions.                                                                                             Cette exploitation a donné à nos forêts  un sol un peu lunaire composé de petits cratères  de quelques mètres de circonférence.

A cette époque, les hommes vivaient sur place, dans les bois,  soit entre eux soit en famille,  logeant dans des cabanes,  se déplaçant dès que le gisement se  trouvait épuisé  mais laissant l’endroit en l’état ; c’est pour cela que de nos jours encore nous pouvons voir ces curieuses excavations dans nos forêts. Les habitants de Longny les appellent volontiers les « champs de mines ». Ce minerai, extrait, aurait, selon les divers avis,  une teneur  de 33 à 45 % nous pensons que 35 % serait une moyenne,( selon études)  en fer ce qui n’est pas négligeable.

L’extraction des minerais.
L’extraction des minerais.

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 2 Mars 2026

Le Bois de Combustion et le Charbon de Bois

 

Comme pour l’extraction du minerai, les bûcherons et  charbonniers, qui fabriquaient le charbon de bois nécessaire aux Forges (mais aussi aux verriers et aux briqueteries) vivaient en  forêt  dans des endroits  aménagés souvent près d’un étang, d’une source,  ou en bord de rivière. Les habitations étaient rudimentaires et chaque corporation y avait ses règles, la vie y était difficile, certains endroits dans la forêt de Longny ont laissé  des noms tels que  « l’étang des loges » ou « l’étang des Gats » , « l’étang des Personnes », « le val Thellier ».

Les Charbonniers  fabriquaient le combustible sur place  et l’acheminaient vers les  forges par le même système que  le minerai avec nos braves « Hurtus ».

Le Bois de Combustion et le Charbon de Bois

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 2 Mars 2026

 

Ce minerai,  tiré de la mine ainsi que le bois et le charbon de bois,   était transporté  dans des sacs à Rainville à dos de petits chevaux appelés   « hurtus » ou vulgairement « Chevaux de sacs » ou encore sous le nom de « Masette , (ce cheval aurait disparu à la fin du 19° siècle). A.Desloges, dans son ouvrage les Forges de Normandie (1909), leur rend hommage dans ses notes « le défilé de ces petits chevaux a procuré à l’auteur (A.Deloge ) quelques bons moments ; le lecteur voudra bien lui permettre d’en évoquer ici le souvenir ».Ils vivaient en semi liberté, en bande de 200 ou plus (non sans faire quelque dégâts sur les feuillus) dans les forêts environnantes (avec l’autorisation des Barons) ;  au matin,  les conducteurs  allaient les quérir  par  dix, quinze ou vingt  et les attelaient.

Le premier était monté  et les autres suivaient en file indienne, il n’y avait pas beaucoup de chemins praticables et des transports par charrois auraient défoncé totalement les voies de communication ; à ce propos,  ont été  retrouvés  des documents  concernant un procès fait par le Baron  de Longny à son Maître de Forges qui disait-il détruisait le chemin du château avec ses charrettes de transport lors  des voyages effectués entre la forge de la Madeleine Bouvet ou le moulin Renaud  et la Forge de  Beaumont.  C’est d’ailleurs certainement la raison pour laquelle, plus tard, fut déplacée la Fenderie qui était, auparavant,  en place  au Moulin de Vaugelay pour  l’installer  aux abords  de la Forge de Beaumont dans un ancien Moulin à Tan.

NDA : n'oublions pas que le Perche était une grande région d'élevage nous pouvons citer entre autres  :Les grandes dynasties d’éleveurs-étalonniers confortèrent leur renommée quasi planétaire : Aveline (à la Crochetière, cne de Verrières, au domaine de la Touche à Nogent-le-Rotrou (après 1894), et la Ferme-Neuve, cne de Dorceau ), Chapelle (Le Plessis, cne d’Origny-le-Roux), Chouanard (à Nogent-le-Rotrou, domaine de la Touche jusqu’en 1893 puis la Bretonnerie, cne de Masle), Fardouet (la Beuvrière, cne de Verrières), Perriot (Champeaux, cne de Margon), Tacheau (Saint-Martin-des-Monts près de La Ferté-Bernard) …

Sources https://www.attelage-patrimoine.com/2017/10/le-commerce-du-cheval-de-travail.html

Le  transport

Voir les commentaires

Repost0